Pierre-Alain Chambaz

Il a hasardé le premier une psychologie physiologique ou une psycho-physiologie complète ; il veut, il croit tout expliquer, il ne laisse aucun problème sans une solution apparente, qu’il expose avec une conviction absolue. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « La vie d’un vieillard ressemble à la flamme d’une bougie dans un courant d’air ». Malheureusement, quand on opère avec une méthode vicieuse, plus on lui demande, moins elle donne ; plus on croit obtenir d’elle, plus on est trompé. Pour nous, nous nous applaudirions volontiers de la publication de l’ouvrage. Le service rendu à la cause de la vérité, si les réflexions qu’il a provoquées et celles qu’il provoquera encore pouvaient être le signal d’une réaction contre la méthode même dont il s’est inspiré après tant d’autres, et dont les défauts peuvent désormais, grâce à lui, apparaître aux yeux les plus indulgens. D’autres l’essaieront peut-être. Quant à nous, c’est l’esprit même du livre, c’est la méthode psycho-physiologique que nous voulons prendre à partie : nous essaierons de juger ses titres au gouvernement de la science de l’âme ; nous l’aborderons directement, et nous l’étudierons en elle-même, sans nous préoccuper des applications. Toute doctrine de psychologie physiologique ou de physiologie cérébrale à prétentions psychologiques, ce qui revient au même, porte sur deux ordres de faits : d’une part des faits étendus ou matériels, d’autre part des faits inétendus ou psychologiques, vulgairement nommés spirituels. Les faits étendus sont, en premier lieu, les cellules, les fibres, etc., en un mot les organismes anatomiques ; ce sont ensuite les mouvemens de ces organismes ou de leurs élémens, ou bien les mouvemens d’entités matérielles, comme l’électricité, le magnétisme, etc., mouvemens qui ont ces organismes pour théâtre. Les faits inétendus sont les pensées, les sentimens, les volontés ou volitions. Ces deux ordres de faits sont différens jusqu’à l’irréductibilité. Les uns sont essentiellement étendus, les autres essentiellement inétendus. Cette irréductibilité est actuellement reconnue comme la donnée fondamentale de toute science anthropologique par les savans anglais, psychologues ou physiologistes, et c’est un physicien, qui en a donné la formule la plus heureuse. Sans cet axiome indiscutable, pas de science de l’homme digne de ce nom, c’est-à-dire précise et rigoureuse ; rien que des demi-vérités, obscures, équivoques, provisoires, attendant l’analyse et la vérification ; aux idées confuses correspond un langage contradictoire et incohérent, qui ne porte dans les esprits qu’une lumière douteuse et troublée. Il serait temps que la physiologie française daignât se laisser convaincre par l’exemple des physiologistes anglais, au lieu de continuer à accuser les psychologues de rester dans une ignorance funeste à l’égard de ses découvertes. La prétention à un isolement légitime est moins grande, aujourd’hui du moins, en France, chez les psychologues que chez les physiologistes ; nous ignorons moins ceux-ci qu’ils ne nous ignorent. Ajoutons qu’a rester dans leur isolement ils perdent plus que nous ne ferions en les imitant : la psychologie peut se constituer indépendamment de la physiologie ; mais la réciproque n’est pas vraie : la physiologie cérébrale doit au contraire s’appuyer sur une psychologie ou latente ou formelle. C’est ce que nous allons expliquer. Les faits inétendus se suffisent à eux-mêmes. Qui dit pensée ou sentiment ou volonté entend suffisamment ce dont il parle. Quelles sont les différentes sortes de sentimens. Quelle influence la pensée exerce-t-elle sur la naissance et le développement des sentimens. Au contraire, une fois que l’on est sorti de l’anatomie du cerveau et que l’on aborde la physiologie de cet organe, on est dans l’obscurité la plus complète.

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